En 2023, près de 6 % des entreprises du secteur technologique mondial auraient déjà testé le paiement d’une partie de leurs salaires en cryptomonnaie. Cette donnée brute bouscule les habitudes et révèle une transformation silencieuse du rapport à la rémunération.
Le paiement des salaires en cryptomonnaie : une tendance qui interroge le monde du travail
Le paiement des salaires en crypto ne passe plus inaperçu. Entre l’attrait pour la nouveauté et la volonté de flexibilité, certains employeurs se lancent, parfois à leurs risques et périls. Car la montée du bitcoin et des autres crypto actifs séduit une frange de salariés, en particulier dans la tech ou la finance décentralisée. Ici, le salaire en crypto monnaie devient un atout pour attirer de nouveaux talents, voire un élément clé de la politique RH. Pourtant, le paiement crypto comporte bien des zones d’ombre. La blockchain promet des transactions rapides et transparentes, mais la volatilité des actifs, la complexité fiscale et les risques de blanchiment mettent tout le monde sur ses gardes. Les employeurs qui franchissent le pas le font souvent sur des montants accessoires ou des primes, à défaut de cadre juridique clair.
Voici ce que cela implique concrètement pour les acteurs concernés :
- Du côté employeur : comment garantir une traçabilité solide, année après année ?
- Pour le salarié : comment faire reconnaître un salaire crypto monnaies lors d’une demande de crédit ou face à l’administration fiscale ?
En France, comme chez la plupart de nos voisins européens, seul le paiement en monnaie ayant cours légal fait foi pour le salaire. Mais le débat s’intensifie. Certains syndicats brandissent l’incertitude liée à la volatilité des crypto monnaies, tandis que d’autres entrevoient déjà de nouveaux contrats adaptés à l’économie numérique.
Payer ou recevoir un salaire en crypto, est-ce légal en France aujourd’hui ?
La question s’impose dans toutes les directions financières attentives à la conformité. Le code monétaire et financier ne laisse pas de place au doute : le paiement du salaire doit passer par l’euro, sous forme de virement bancaire, chèque barré ou, à la rigueur, espèces sous conditions. Impossible donc de verser directement un bitcoin ou tout autre crypto actif sans s’écarter du droit du travail. Le salarié est ici protégé, la monnaie ayant cours légal s’imposant à tous les employeurs.
Dans la pratique, les usages évoluent. Quelques entreprises proposent désormais des avantages en nature libellés en crypto monnaies. Le schéma est simple : le salaire de base est versé en euro, en respectant le code du travail, puis une partie variable est offerte en crypto. Ces gratifications, qui s’ajoutent au salaire, doivent être évaluées en euro et sont soumises à l’impôt sur le revenu.
Voici ce que l’on doit retenir sur le plan légal :
- Le paiement des salaires en crypto, à proprement parler, n’a pas de fondement légal en France.
- Les crypto actifs peuvent intervenir comme bonus, primes ou avantages, jamais comme salaire principal.
La distinction est nette. Selon la juridique crypto monnaies, la rémunération principale et les gratifications en actifs numériques doivent rester séparées. Certaines entreprises, en quête de profils spécialisés, essaient de repousser les frontières, mais le risque lors d’un contrôle reste réel.
Entre opportunités et défis : ce que les employeurs et salariés doivent vraiment savoir
Le paiement en crypto-monnaie intrigue autant qu’il séduit. Pour les entreprises, proposer une part de rémunération en crypto actifs donne une image audacieuse. Pourtant, il faut garder le cap sur la réglementation : le salaire doit passer par un virement bancaire, en euro. À l’heure actuelle, seuls les avantages en nature ouvrent une porte vers la rémunération en bitcoin ou autres actifs numériques.
Ce que dit le droit
Voici les grandes lignes à connaître pour rester du bon côté de la légalité :
- Le service salarié économie s’appuie obligatoirement sur un paiement en monnaie nationale.
- Les plus-values réalisées en revendant des crypto monnaies relèvent du régime fiscal des gains en capital et subissent le prélèvement forfaitaire unique (PFU) à 30 %.
- La banque reste l’intermédiaire incontournable entre l’employeur et le salarié, assurant la traçabilité complète des transactions.
Le salarié informé devra gérer une fiscalité spécifique : percevoir un avantage en nature crypto implique des obligations déclaratives différentes de celles d’un salaire classique. L’employeur, de son côté, s’expose à des difficultés s’il ne distingue pas clairement la rémunération principale des avantages complémentaires. L’innovation ne dispense pas de respecter la cohérence du droit du travail et la vigilance des administrations. Ici, la régulation pose ses jalons avant même que la technologie ait fini de redessiner les usages.
Le paiement des salaires en cryptomonnaie, entre promesses et incertitudes, dessine une frontière mouvante. Face à l’accélération du numérique, la règle reste ferme. Mais demain, qui sait si la loi ne sera pas forcée de composer avec la révolution blockchain ?


