Les chiffres ne mentent pas : la réglementation française a érigé une véritable muraille autour des établissements recevant du public, et ceux du type U ne sont pas traités à la légère. Ici, chaque règle découle d’une vigilance extrême, chaque oubli se paie comptant, parfois lourdement.
Depuis plus de quarante ans, l’arrêté du 25 juin 1980 dicte la marche à suivre. Amendé au fil des incidents et des retours d’expérience, il trace un cadre précis. Ignorer ses prescriptions, c’est s’exposer à l’intervention des autorités, à des fermetures administratives ou des sanctions pénales, même sans sinistre à déplorer. Pour garantir le respect de ces règles, des commissions de sécurité sillonnent les établissements, parfois chaque année, pour passer au crible dispositifs et registres.
Comprendre la classification des ERP type U : à qui s’adresse la réglementation ?
Ce n’est pas un hasard si le législateur a réservé un sort particulier aux ERP de type U. Cette catégorie vise sans détour les lieux de soins : hôpitaux, cliniques, centres de rééducation, services psychiatriques, unités de longue durée, pouponnières, cures thermales ou centres de thalasso. Tous, sans distinction, relèvent de la même exigence réglementaire. L’article R. 123-2 du code de la construction et de l’habitation encadre fermement la notion d’ERP : dès qu’un bâtiment accueille des personnes extérieures, il tombe sous le coup de procédures spécifiques en matière de sécurité.
Le spectre de cette réglementation ? D’abord les exploitants, garants de la sécurité de tous, patients, soignants, visiteurs. Mais aussi architectes, maîtres d’ouvrage, responsables techniques : chaque acteur a sa part de responsabilité dans la conformité des locaux. La catégorie de l’ERP découle d’un calcul précis de l’effectif maximal autorisé. Pour le type U, ce calcul additionne nombre de patients (un par lit), membres du personnel (un pour trois lits), visiteurs (un par lit) et personnes en consultation (huit par poste).
Les principales structures concernées par ces dispositions sont les suivantes :
- Hôpitaux : prise en charge médicale et chirurgicale
- Cliniques : soins spécialisés
- Centres de rééducation et services psychiatriques : prise en charge adaptée
- Unités de soins prolongés, pouponnières : hébergement de longue durée ou accueil du très jeune public
- Cures thermales et thalassothérapies : soins non hospitaliers dans un cadre médicalisé
La catégorie ERP (de 1 à 5) dépend entièrement de ce calcul d’effectif, et détermine le niveau d’exigence réglementaire à appliquer. Ce n’est pas un point de détail : lors des contrôles, la commission de sécurité vérifie scrupuleusement les effectifs et la conformité des installations. À noter : les ERP de type J, parfois confondus avec le type U, relèvent d’un autre périmètre. Ils englobent EHPAD, internats, établissements d’accueil pour adultes handicapés, structures médico-sociales. Deux mondes voisins, deux réglementations parallèles, mais un même fil rouge : protéger ceux qui n’ont pas le luxe de s’évacuer seuls.
Quelles obligations réglementaires encadrent les établissements de type U ?
Les ERP de type U obéissent à une réglementation plus sévère que la plupart des autres établissements recevant du public. Dès la phase de conception, il est impératif de transmettre à la commission de sécurité un dossier détaillé : effectif prévisionnel, plans, caractéristiques des locaux. Cette commission, composée d’experts et de représentants des pouvoirs publics, donne son feu vert, ou non, en s’appuyant sur l’article U du règlement ERP et les prescriptions du code de la construction et de l’habitation.
Au quotidien, la gestion de la sécurité ne tolère aucune approximation. Le registre de sécurité doit rester à jour : contrôles techniques, exercices d’évacuation, maintenance, tout est consigné. Ce registre témoigne du sérieux de l’établissement. La notice de sécurité ERP complète ce dispositif, détaillant chaque mesure de prévention, du risque d’incendie à la gestion de la panique.
La commission de sécurité ne se contente pas d’un contrôle initial. Elle intervient lors de l’ouverture, puis revient régulièrement, pour vérifier que chaque point réglementaire est respecté : issues de secours fonctionnelles, désenfumage en état, plans d’évacuation affichés, alarmes opérationnelles. L’exigence est constante, et l’erreur rarement tolérée.
Certains cas sortent du schéma classique. Quand un ERP de type U communique avec un ERP de type J, par exemple un hôpital relié à un EHPAD, la commission départementale de sécurité doit valider l’ensemble. Cette validation, loin d’être une formalité, vise à neutraliser tout risque pour les publics les plus fragiles. Ici, la vigilance ne faiblit jamais.
Dispositifs de sécurité et mesures spécifiques : panorama des exigences à respecter
Dans les ERP de type U, chaque mesure de sécurité incendie répond à une exigence précise. Le compartimentage occupe une place centrale : on cloisonne les espaces pour limiter la propagation d’un feu ou des fumées. Les zones protégées, véritables refuges temporaires, sont isolées par des parois coupe-feu. Prenez un bloc opératoire : il est ceinturé par des murs capables de résister au feu pendant deux heures, rien de moins.
En matière d’évacuation, la méthode diffère radicalement de celle des autres ERP. Ici, priorité au transfert horizontal : on déplace les patients, parfois grabataires, vers une zone sécurisée sur le même niveau, évitant ainsi les dangers liés à une évacuation verticale. Ce choix, dicté par la vulnérabilité des publics, sauve des vies.
Le système de sécurité incendie (SSI) ne se limite pas à la détection ou à l’alarme. Il englobe la détection automatique, la mise en sécurité, le désenfumage, l’éclairage de secours. Ces équipements doivent fonctionner à tout moment : une panne, et c’est toute la chaîne qui vacille. La maintenance n’est pas prise à la légère, et chaque intervention est consignée.
Le stockage des gaz médicaux et des substances inflammables impose des contraintes spécifiques : armoires ventilées, matériaux résistants au feu, procédures strictes. On ne plaisante pas avec ces risques particuliers.
Pour garantir la réactivité du personnel, des formations incendie et des exercices d’évacuation jalonnent l’année. Il ne suffit pas d’avoir du matériel : il faut savoir s’en servir, coordonner l’évacuation, mémoriser le plan SSI, agir vite et bien. Dans un établissement de soins, la sécurité ne supporte aucun relâchement ; chaque geste peut faire la différence.
Dans l’univers des ERP type U, la sécurité n’est pas un principe abstrait, mais une discipline de tous les instants. À chaque étage, derrière chaque porte coupe-feu, ce sont des vies qui attendent sans toujours le savoir que la vigilance reste sans faille.


